Au sujet de la dissuasion française

La France a une dissuasion nucléaire qui repose sur deux composantes : une composante marine avec les SNLE, dont un en théorie en permanence en position d’attaque, et une composante aéroportée avec les missiles de croisière ASMP-A des avions de chasse Rafale. Tandis que nos missiles intercontinentaux M45 et bientôt M51 ont une portée de plusieurs milliers de kilomètres, l’ASMP-A n’a qu’une portée de 500 kilomètres en trajectoire haute et de 80 kilomètres en trajectoire basse (les missiles de croisière volent souvent à basse altitude pour échapper à l’adversaire).

La Russie, principale cible potentielle de notre dispositif de dissuasion, dispose, on l’ignore souvent, de missiles anti-missiles à tête nucléaire, beaucoup plus efficaces que les missiles conventionnels pour intercepter les ICBMs adverses. Elle n’a installé officiellement qu’une grosse soixantaine de ces missiles, autour de la seule ville de Moscou, car elle affirme respecte le traité sur la défense antimissile de 1972 duquel les Etats-Unis se sont retirés unilatéralement en 2002. Ce traité ne permet de ne protéger qu’un seul site avec des missiles anti-missiles à tête nucléaire.

Je pense en fait que la Russie a probablement décidé d’imiter en secret les Etats-Unis et de ne pas respecter ce traité, en installant des missiles anti-missiles à tête nucléaire dans d’autres sites. Ceci m’est indiqué par le flash observé dans l’espace sibérien le 14 novembre 2014 (lire cet article Wikipédia en anglais). Il pourrait s’agir d’un test nucléaire. Ou en tout cas, on n’a pas de meilleure explication pour ce flash qu’un test nucléaire. Qui a eu lieu quelques jours avant une conférence sur la défense anti-missile organisée par l’Organisation du Traité de Sécurité Collective, l’OTAN russe, près du lieu du flash. Donc la Russie a probablement déployé de tels dispositifs nucléaires de défense anti-missile un peu partout sur son territoire, sur les sites stratégiques (l’explosion en cause a eu lieu pas très loin de Sverdlovsk 45, cité fermée et combinat de production de têtes nucléaires). Bref, il est impossible d’envisager une frappe pré-emptive sur les sites de missiles nucléaires russes et autres installations stratégiques car tout cela est très bien gardé. Ces missiles se combinent bien sûr avec des radars d’alerte précoce tout autour du territoire russe.

Conclusion, les dépenses françaises pour développer le missile M51 et la tête nucléaire océanique ne servent pas à grand-chose. Mieux vaudrait consacrer notre argent à développer des missiles de croisière nucléaires plus performants, avec une portée de vol à basse altitude plus longue que l’actuel ASMP-A. Les Américains ont de tels missiles. A terme il faudra toute la palette d’innovations apparues récemment : véhicules de rentrée manoeuvrables et surtout missiles hypersoniques ou à hyperstatoréacteur. En attendant il faudrait pouvoir rapprocher nos Rafale armés d’ASMP-A de la Russie, en basant par exemple une partie de nos avions en Estonie ou en Lettonie dans le cadre de l’OTAN, et compter sur nos pilotes pour échapper aux performants missiles anti-aériens russes S-300 et S-400. C’est la seule solution si nous voulons que notre dissuasion “du faible au fort” fonctionne. C’est d’autant plus nécessaire qu’avec Donald Trump aux Etats-Unis nous pouvons tabler sur un retour de l’isolationnisme américain… Et puis il faudra réfléchir à la défense anti-missile française – le dispositif Aster est-il suffisant ? Je reviendrais sans doute là-dessus dans un prochain post.

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