Constructivisme vs. anti-constructivisme

Beaucoup veulent faire croire aujourd’hui que le nouveau clivage serait entre partisans de la mondialisation et partisans du localisme, de l’enracinement. Voilà une idée qui vient en fait de la science politique (Rokkan a théorisé les clivages, Von Beyme a rajouté celui entre cosmopolitisme et localisme). C’est aussi un clivage qui mélange des gens assez différents, puisqu’on retrouve des internationalistes et des localistes très à gauche, des partisans de la mondialisation dans un centre-droit libéral, et de nombreux nationalistes (localistes donc) à droite. Beaucoup aiment à penser que la mondialisation serait devenue un phénomène si important qu’elle façonnerait aujourd’hui notre culture politique. Cela n’est pas impossible, mais il existe un autre clivage qui est, je pense, plus profond car plus historique, et qui structure notre vie politique en y traçant une diagonale morale, très importante car elle nous positionne sur des enjeux de fond, sur nos représentations de la société. Vous l’aurez deviné, c’est le clivage entre constructivistes et anti-constructivistes.

Les constructivistes de tous bords sont ceux qui veulent façonner l’homme à l’image d’utopies, de mondes imaginés qu’ils aiment pour leur beauté et non pour leur capacité à répondre aux besoins des humains. Leurs utopies s’appellent République, Socialisme, Entreprise, ou Nation – on les retrouve donc de l’extrême-gauche à l’extrême-droite. Les hommes politiques constructivistes n’ont que peu à offrir, si ce n’est l’existant – ils imitent des idées déjà existantes, ils plagient de grands auteurs, tentent de les citer pour se les approprier, et surtout proposent des idées dans le but de cliver, de “cocher des cases idéologiques” – il y a des marqueurs de droite et des marqueurs de gauche. Ce sont souvent des poupées parlantes, comme le démontre la capacité de certains à passer aussi facilement d’une idée à l’autre – ainsi de Hollande qui dénonçait la finance avant de proposer le socialisme de l’offre.

Et il y a les anti-constructivistes, ceux qui veulent adapter les institutions aux hommes – disons aussi les pragmatistes. Pour prendre un exemple : John Maynard Keynes. Keynes n’était pas un idéologue, mais il était un penseur. Il n’a pas inventé le socialisme : simplement, il savait que ce sont les pauvres qui consomment le plus de biens de consommation (fait aussi identifié avant lui par J-C-L Simonde de Sismondi, économiste suisse du début du 19ème siècle). Les aider est nécessaire, parce que cela soutient l’économie.

Les anti-constructivistes, surtout, ce sont tous ces citoyens, qui ne seront jamais des politiciens, qui cherchent simplement à mettre en place des initiatives, sur le terrain, pour changer les choses. Ce sont des citoyens qui ont perdu confiance dans les institutions, qui craignent la corruption, et qui veulent changer les choses, mais ne se reconnaissent dans aucun des politiciens qui prétendent gouverner la France.

Les anti-constructivistes, ce sont des citoyens à qui on donne rarement la parole, qui doivent se battre dans leur coin, qui défendent leurs droits, se mobilisent sans attendre de drapeau. Ce qui les rend si invisibles, c’est leur dispersion énorme. L’économie sociale et solidaire, les monnaies alternatives, les AMAP… ce sont des mouvements qui se concentrent sur la réalité du terrain. Ils ne cherchent pas à revendiquer une appartenance politique. Ce sont des mouvement qui se concentrent sur ce qu’est la réalité de l’être humain, et, surtout, ne cherchent pas à le faire rentrer dans de petites cases.

L’anti-constructivisme peut représenter leur bannière commune. Il s’agit d’une philosophie, que je désignerais comme l’exact inverse de l’anthroposophie. L’anthroposophie est un exemple de mouvement sectaire (dénoncée comme secte dans le rapport de la Mission Interministérielle de Lutte contre les Sectes en France) qui prospère dans les mouvements citoyens et dévoie leurs énergies vitales. On le retrouve jusqu’à la NEF.

L’anti-constructivisme est un regard critique porté sur tous ceux qui font passer les idées avant les hommes. Il y a deux types de personnels politiques qui font passer les idées avant les hommes : les dirigeants des pays totalitaires, et ceux qui recherchent le pouvoir pour ses prébendes, qui ne s’intéressent qu’à l’argent. Il s’agit aussi de dénonce la lassitude envers les institutions que cela entraîne – terreau favori de l’extrême-droite.

L’anti-constructivisme, enfin, c’est le choix de la démocratie et du suffrage universel, mais également du référendum, pour les décisions importantes. Ceux qui, de quelque façon que ce soit, prétendent que certaines décisions ne devraient pas être confiées au peuple, se trompent. Ceux qui, par exemple, prétendent que les élections législatives ne devraient pas être à la proportionnelle “parce que cela empêche le FN d’avoir beaucoup de sièges” commettent une véritable erreur : légitimer leur adversaire.

L’anti-constructivisme se veut le rassemblement de citoyens fatigués mais non désabusés, qui croient qu’il y a encore un espoir, que celui-ci viendra d’en bas, mais qu’il faut arrêter de parler pour vendre des idées et dessiner des utopies qui n’adviendront pas et à la place s’atteler à construire des institutions vraiment représentatives, qui prennent en considération l’humain – sans démagogie ni mépris.

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