Du besoin d’une dissuasion européenne

Un article très intéressant de la version internationale du Spiegel mentionne des discussions confidentielles à l’OTAN sur la nécessité d’une défense nucléaire en Europe, face aux velléités de Poutine et à un éventuel retrait des États-Unis suite à l’investiture de Trump.

Personnellement, je ne vois aucun inconvénient à ce que l’Allemagne se dote de sa propre force de frappe nucléaire. Cela ne me choque pas du tout. Mais le problème est que les traités de non-prolifération empêchent de lui fournir la technologie, et que les engagements pris lors de la réunification empêchent même le pays de développer l’arme. Il semblerait donc que la seule solution soit une européanisation de la dissuasion nucléaire.

Ceci est indéniablement une bonne idée pour relancer la construction européenne, même si malheureusement cela entraînera sans doute beaucoup de débats. Il faut à l’Europe les moyens de se défendre face à une agression russe.

La Force de Frappe française n’est pas suffisante, je pense, pour mener une attaque contre la Russie. Nous ne connaissons pas l’ampleur réelle des défenses antimissiles russes. les Russes n’ont officiellement que des silos de missiles nucléaires anti-missiles autour de Moscou mais ils disposent aussi de missiles mobiles (53T6 par exemple), qui sont probablement je pense disposés ailleurs qu’autour de Moscou. La boule de feu de Yekaterinburg me fait penser que la Russie dispose d’autres missiles antimissiles, autour d’autres sites stratégiques. Rien que pour les silos de missiles connus à Moscou les Américains prévoyaient de les viser, en priorité, en cas d’attaque, avec jusqu’à 200 ICBMs rien que pour ces silos. La France n’a, en permanence, en mer, en état d’alerte, qu’un seul sous-marin nucléaire lanceur d’engins, avec 16 missiles nucléaires seulement ! On peut éventuellement compter aussi les ASMP-A des Rafale mais les bases peuvent être visées par des attaques préventives (les sous-marins sont moins vulnérables) et les avions, comme les missiles, peuvent être abattus par des S-400. De plus l’ASMP-A a une portée limitée.

Donc difficile de penser que, face à la Russie de Poutine, qui invente tous les jours de nouvelles façons de menacer l’Occident (récemment : des drones sous-marins avec des bombes nucléaires de 10 Mt – 100 selon certaines sources – salées au cobalt !), notre défense soit actuellement suffisante.

Une défense européenne doit se fonder sur un nombre significatif d’armes, assez pour passer la barrière antimissile russe, et sur une défense antimissile européenne capable d’intercepter les missiles intercontinentaux (comme le font les Américains). C’est la condition pour parler d’égal à égal avec Poutine.

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