ASMPA-R, ASN4G, pourquoi remplacer la tête ? Privilégier la furtivité et la portée

Les missiles de croisière de prochaine génération pour remplacer l’actuelle composante aéroportée de la Force de Frappe sont en cours de développement. La priorité me semble devoir être mise dans la capacité de pénétration du territoire ennemi, indépendamment des pilotes de chasse. Ce qui implique une augmentation de la portée des missiles ainsi que le développement d’hyperstatoréacteurs. Pourquoi remplacer la tête nucléaire ? L’idéal serait un hyperstatoréacteur combiné à une altitude de croisière furtive, au plus près du sol… L’essentiel est d’atteindre la cible, la tête nucléaire à bord importe peu, celles actuellement utilisées dans les ASMP-A pourraient très bien être conservées !

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Du besoin d’une dissuasion européenne

Un article très intéressant de la version internationale du Spiegel mentionne des discussions confidentielles à l’OTAN sur la nécessité d’une défense nucléaire en Europe, face aux velléités de Poutine et à un éventuel retrait des États-Unis suite à l’investiture de Trump.

Personnellement, je ne vois aucun inconvénient à ce que l’Allemagne se dote de sa propre force de frappe nucléaire. Cela ne me choque pas du tout. Mais le problème est que les traités de non-prolifération empêchent de lui fournir la technologie, et que les engagements pris lors de la réunification empêchent même le pays de développer l’arme. Il semblerait donc que la seule solution soit une européanisation de la dissuasion nucléaire.

Ceci est indéniablement une bonne idée pour relancer la construction européenne, même si malheureusement cela entraînera sans doute beaucoup de débats. Il faut à l’Europe les moyens de se défendre face à une agression russe.

La Force de Frappe française n’est pas suffisante, je pense, pour mener une attaque contre la Russie. Nous ne connaissons pas l’ampleur réelle des défenses antimissiles russes. les Russes n’ont officiellement que des silos de missiles nucléaires anti-missiles autour de Moscou mais ils disposent aussi de missiles mobiles (53T6 par exemple), qui sont probablement je pense disposés ailleurs qu’autour de Moscou. La boule de feu de Yekaterinburg me fait penser que la Russie dispose d’autres missiles antimissiles, autour d’autres sites stratégiques. Rien que pour les silos de missiles connus à Moscou les Américains prévoyaient de les viser, en priorité, en cas d’attaque, avec jusqu’à 200 ICBMs rien que pour ces silos. La France n’a, en permanence, en mer, en état d’alerte, qu’un seul sous-marin nucléaire lanceur d’engins, avec 16 missiles nucléaires seulement ! On peut éventuellement compter aussi les ASMP-A des Rafale mais les bases peuvent être visées par des attaques préventives (les sous-marins sont moins vulnérables) et les avions, comme les missiles, peuvent être abattus par des S-400. De plus l’ASMP-A a une portée limitée.

Donc difficile de penser que, face à la Russie de Poutine, qui invente tous les jours de nouvelles façons de menacer l’Occident (récemment : des drones sous-marins avec des bombes nucléaires de 10 Mt – 100 selon certaines sources – salées au cobalt !), notre défense soit actuellement suffisante.

Une défense européenne doit se fonder sur un nombre significatif d’armes, assez pour passer la barrière antimissile russe, et sur une défense antimissile européenne capable d’intercepter les missiles intercontinentaux (comme le font les Américains). C’est la condition pour parler d’égal à égal avec Poutine.

Au sujet de la dissuasion française

La France a une dissuasion nucléaire qui repose sur deux composantes : une composante marine avec les SNLE, dont un en théorie en permanence en position d’attaque, et une composante aéroportée avec les missiles de croisière ASMP-A des avions de chasse Rafale. Tandis que nos missiles intercontinentaux M45 et bientôt M51 ont une portée de plusieurs milliers de kilomètres, l’ASMP-A n’a qu’une portée de 500 kilomètres en trajectoire haute et de 80 kilomètres en trajectoire basse (les missiles de croisière volent souvent à basse altitude pour échapper à l’adversaire).

La Russie, principale cible potentielle de notre dispositif de dissuasion, dispose, on l’ignore souvent, de missiles anti-missiles à tête nucléaire, beaucoup plus efficaces que les missiles conventionnels pour intercepter les ICBMs adverses. Elle n’a installé officiellement qu’une grosse soixantaine de ces missiles, autour de la seule ville de Moscou, car elle affirme respecte le traité sur la défense antimissile de 1972 duquel les Etats-Unis se sont retirés unilatéralement en 2002. Ce traité ne permet de ne protéger qu’un seul site avec des missiles anti-missiles à tête nucléaire.

Je pense en fait que la Russie a probablement décidé d’imiter en secret les Etats-Unis et de ne pas respecter ce traité, en installant des missiles anti-missiles à tête nucléaire dans d’autres sites. Ceci m’est indiqué par le flash observé dans l’espace sibérien le 14 novembre 2014 (lire cet article Wikipédia en anglais). Il pourrait s’agir d’un test nucléaire. Ou en tout cas, on n’a pas de meilleure explication pour ce flash qu’un test nucléaire. Qui a eu lieu quelques jours avant une conférence sur la défense anti-missile organisée par l’Organisation du Traité de Sécurité Collective, l’OTAN russe, près du lieu du flash. Donc la Russie a probablement déployé de tels dispositifs nucléaires de défense anti-missile un peu partout sur son territoire, sur les sites stratégiques (l’explosion en cause a eu lieu pas très loin de Sverdlovsk 45, cité fermée et combinat de production de têtes nucléaires). Bref, il est impossible d’envisager une frappe pré-emptive sur les sites de missiles nucléaires russes et autres installations stratégiques car tout cela est très bien gardé. Ces missiles se combinent bien sûr avec des radars d’alerte précoce tout autour du territoire russe.

Conclusion, les dépenses françaises pour développer le missile M51 et la tête nucléaire océanique ne servent pas à grand-chose. Mieux vaudrait consacrer notre argent à développer des missiles de croisière nucléaires plus performants, avec une portée de vol à basse altitude plus longue que l’actuel ASMP-A. Les Américains ont de tels missiles. A terme il faudra toute la palette d’innovations apparues récemment : véhicules de rentrée manoeuvrables et surtout missiles hypersoniques ou à hyperstatoréacteur. En attendant il faudrait pouvoir rapprocher nos Rafale armés d’ASMP-A de la Russie, en basant par exemple une partie de nos avions en Estonie ou en Lettonie dans le cadre de l’OTAN, et compter sur nos pilotes pour échapper aux performants missiles anti-aériens russes S-300 et S-400. C’est la seule solution si nous voulons que notre dissuasion “du faible au fort” fonctionne. C’est d’autant plus nécessaire qu’avec Donald Trump aux Etats-Unis nous pouvons tabler sur un retour de l’isolationnisme américain… Et puis il faudra réfléchir à la défense anti-missile française – le dispositif Aster est-il suffisant ? Je reviendrais sans doute là-dessus dans un prochain post.